Une série en cinq parties
La norme européenne EN 13201 encadre l’éclairage des voies publiques. Elle se lit comme un parcours : choisir une classe, fixer les exigences, calculer, mesurer, évaluer l’énergie.
| Partie | Rôle |
|---|---|
| FD CEN/TR 13201-1 | Document technique pour choisir les classes d’éclairage selon la voie et son usage |
| EN 13201-2 | Exigences de performance photométrique pour chaque classe |
| EN 13201-3 | Méthodes de calcul : grille de points, grandeurs à produire |
| EN 13201-4 | Méthodes de mesure des performances |
| EN 13201-5 | Indicateurs de performance énergétique des installations |
La norme est d’application volontaire, mais elle devient contraignante dès qu’un contrat ou un cahier des charges la cite. Elle a été révisée en 2015-2016 : la cinquième partie, consacrée à l’énergie, est la grande nouveauté de cette version. Selon le suivi des normes tenu par Light ZOOM Lumière, les parties 2 et 3 sont à nouveau en cours de révision (statut de projet).
Pourquoi c’est important. Un dossier d’éclairage public se juge sur deux plans : la classe retenue est-elle justifiée (partie 1), et le calcul prouve-t-il qu’elle est atteinte (parties 2 et 3) ?
Les familles de classes : M, C et P
Les classes se regroupent par usage. Depuis la révision de 2015, la notation a été harmonisée : l’ancienne famille ME est devenue M.
- M : voies à trafic motorisé. L’exigence porte sur la luminance de la chaussée (cd/m²), qui dépend aussi du revêtement.
- C : zones de conflit (carrefours, giratoires), exprimées en éclairement.
- P : piétons et voies à faible vitesse, exprimées en éclairement horizontal moyen et minimal.
- HS, SC, EV : éclairements hémisphérique, semi-cylindrique et vertical, utilisés quand la reconnaissance des visages ou la sécurité l’exigent.
Une classe M, cinq à six exigences
Pour une voie motorisée, la classe ne fixe pas un seul chiffre mais plusieurs critères, calculés sur une grille de points avec des observateurs placés à 60 m en amont, à 1,5 m de hauteur :
| Critère | Ordre de grandeur selon les classes |
|---|---|
| Luminance moyenne maintenue | de 0,30 cd/m² (M6) à 2 cd/m² (M1) |
| Uniformité générale | environ 0,35 à 0,40 |
| Uniformité longitudinale | de 0,40 (M6) à 0,70 (M1) |
| Éblouissement d’incapacité (TI) | 10 à 20 % au maximum |
| Éclairement des abords (EIR) | au moins 30 % |
Les classes C : zones de conflit
Elles s’expriment uniquement en éclairement : de 7,5 lx (C5) à 50 lx (C0) en moyenne maintenue, avec une uniformité d’au moins 0,4.
Les classes P en un coup d’œil
| Classe | Éclairement horizontal moyen maintenu | Éclairement minimal maintenu |
|---|---|---|
| P1 | 15 lx | 3 lx |
| P2 | 10 lx | 2 lx |
| P3 | 7,5 lx | 1,5 lx |
| P4 | 5 lx | 1 lx |
| P5 | 3 lx | 0,6 lx |
| P6 | 2 lx | 0,4 lx |
Valeurs indicatives. Les valeurs citées servent à comprendre la logique de la norme. Pour une étude ou un marché, référez-vous toujours à la version en vigueur du texte normatif.
Choisir sa classe : la méthode française
La partie 1 est un document technique : en France, on s’appuie sur une méthode de sélection par critères. On note la catégorie de la voie, la limite de vitesse, le type et le volume de trafic, la luminosité ambiante et la charge mentale du conducteur. Chaque critère donne un coefficient ; le produit de ces coefficients se place sur l’une des trois droites de classification, ce qui désigne la classe. Les classes C et P s’en déduisent par correspondance : par exemple, une voie M2 correspond à une classe C2 pour une zone de conflit, avec un revêtement de coefficient de réflexion usuel de 0,07.
Le labo : dessinez votre route
Une chaussée de 7 m, des mâts de 8 m tous les 30 m. Changez l’implantation (unilatérale, quinconce, bilatérale), l’entraxe, le flux, et regardez ce que devient la carte d’éclairement. Passez ensuite en vue 3D pour voir la géométrie.
Modèle simplifié : luminaires à distribution en cosinus puissance 1,5, inclinaison 25°, hors réflexions et hors luminance de chaussée. La luminance des classes M demande un logiciel et la table de réflexion du revêtement.
Ce que le simulateur vous apprend
- En unilatéral, la chaussée est éclairée de façon très inégale : le bord opposé reste sombre.
- La bilatérale en vis-à-vis et le quinconce utilisent autant de luminaires, mais le quinconce répartit bien mieux la lumière : comparez l’uniformité.
- Augmenter la hauteur améliore l’uniformité, mais fait baisser l’éclairement moyen et augmente la densité de puissance.
- Un entraxe qui augmente crée des « poches d’ombre » entre les mâts.
Mesurer la sobriété : DP et DE
La partie 5 définit des indicateurs pour comparer des installations. La densité de puissance DP s’exprime en W par lux et par mètre carré : combien de puissance pour obtenir un éclairement sur une surface. La densité d’énergie annuelle DE (en kWh par mètre carré et par an) intègre la durée de fonctionnement et la gradation. Le simulateur affiche une DP indicative : constatez comme un meilleur arrangement la fait baisser sans toucher à la lampe.
La méthode en cinq étapes
- Qualifier la voie : usage, vitesse, présence de piétons, conflits.
- Choisir la classe selon la partie 1 et le règlement local.
- Définir la géométrie : largeur, trottoirs, implantation, hauteur, entraxe.
- Calculer avec les photométries réelles du fabricant, sur la grille de la partie 3.
- Vérifier en valeurs maintenues : appliquer le MF et comparer à la classe.
Pièges classiques
- Dimensionner avec la photométrie d’un autre produit que celui commandé.
- Oublier le facteur de maintenance ou prendre une valeur trop optimiste.
- Négliger la contrainte de nuisances lumineuses : l’arrêté du 27 décembre 2018 fixe des limites (température de couleur, flux émis vers le haut).
- Utiliser une version périmée : certaines parties de la série EN 13201 sont en cours de révision, vérifiez toujours la version applicable à votre marché.
Questions fréquentes
Que dit la norme EN 13201 ?
Elle définit comment sélectionner les classes d’éclairage des voies publiques, quelles performances photométriques atteindre, comment les calculer et les mesurer, et comment évaluer l’efficacité énergétique de l’installation.
Quelle est la différence entre les classes M, C et P ?
Les classes M concernent les voies motorisées (luminance de la chaussée), les classes C les zones de conflit comme les carrefours, les classes P les piétons et zones lentes (éclairement horizontal). Les anciennes classes ME correspondent aux classes M depuis la révision de 2015.
Quel éclairement minimal pour la classe P4 ?
La classe P4 demande un éclairement horizontal moyen maintenu d’au moins 5 lx, avec un minimum maintenu de 1 lx. Reportez-vous au tableau de la norme en vigueur pour les valeurs exactes.
Que sont les indicateurs DP et DE ?
La densité de puissance DP (W/lx/m²) rapporte la puissance installée à l’éclairement obtenu sur la surface. La densité d’énergie annuelle DE (kWh/m²/an) intègre en plus le temps de fonctionnement et la gradation.
Quel logiciel pour calculer un éclairage public ?
DIALux evo et Relux savent produire les tableaux de résultats par classe. L’essentiel est de disposer des fichiers photométriques du fabricant et de paramétrer correctement la grille de calcul.
Passez de la lecture à la pratique
Ces notions se travaillent en formation, avec du matériel et des cas concrets. Sessions inter-entreprises ou intra, partout en France.